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Une passion ovale 100 % mère-fille

Le rugby, c’est souvent une question d’héritage, de transmission. On n’y vient jamais vraiment pas hasard. Et on y reste la plupart du temps par passion. Une passion partagée, le plus souvent, en famille. Comme dans le jeu des 7 familles, dans celle des Pégot, à Toulouse, nous avons demandé la fille, Prune, arrière au Stade Toulousain Rugby Féminin, et la mère, Béatrice, sa plus fervente supportrice. Une histoire de passion ovale parmi tant d’autres, histoire de voir comment cela se passe quand une très jeune fille veut jouer avec un ballon ovale.

Béatrice Pégot est peintre en bâtiment, elle travaille à son compte. Elle est aussi la mère de trois grands enfants : Pierre (24 ans), Johan (23 ans) et Prune (20 ans). Avant que sa fille ne joue au rugby, elle regardait quelques matchs du Top 14 à la TV, ou au stade. Rien de plus, rien de moins. Mais c’est avec elle que Prune, à l’âge de 12 ans, assiste à son premier match à Toulouse, dans les tribunes d’Ernest Wallon. C’est le déclic. « Elle m’a regardé et m’a dit « c’est ça que je veux faire ! »  » Si Prune veut essayer le rugby, il lui faudra néanmoins attendre une année de plus. C’est le médecin qui, en effet, ne veut pas lui délivrer le certificat médical requis, jugeant que le rugby est un sport trop violent, où elle devrait évoluer avec les garçons jusqu’à ses 15 ans… Tout aurait pu alors s’arrêter là…


1604712_10203219761003989_303265425_nLa mère

Etre maman d’une joueuse de rugby, c’est… être une maman tout simplement. C’est soigner les blessures, qu’elles soient physiques ou morales. C’est être là dans la joie et dans les peines. C’est avoir la peur au ventre durant 80 minutes et n’être soulagée qu’au coup de sifflet final. Et c’est aussi une grande fierté !

Y a t-il d’autres joueurs ou joueuses de rugby dans votre famille ou entourage proche ?
Personne dans notre entourage ne joue au rugby. Même pas mes fils. Il a fallu que ce soit Prune qui ouvre le bal. Mais elle a toute la famille derrière elle, y compris son arrière-grand-mère.

Quand votre fille a voulu jouer… qu’est-ce qui vous est passé par la tête ?
Ma réaction a été simple : je n’ai vu aucun inconvénient à ce que Prune joue au rugby. J’évolue moi-même dans un métier plutôt masculin. Je ne suis pas sportive du tout, mais si je l’avais été, j’aurais certainement joué au rugby. Les chats ne font pas des chiens !

201510311056-fullAvec le très haut niveau, c’est : entraînements au moins deux fois par semaine, stages avec les Bleues U20 et matchs les week-ends.
Avez-vous pensé à de possibles répercussions sur sa scolarité et ses études ?
Prune a commencé le haut niveau avec le pôle espoir de Toulouse Jolimont. C’était un entraînement quotidien. Le vendredi, elle enchaînait avec l’entraînement du club et le samedi c’était jour de match. Trois belles années puisqu’elles ont été, avec St-Orens, trois fois championnes de France cadettes. Et elle a eu son BAC avec mention ! Aujourd’hui, elle est en IUT avec un programme adapté à son statut de haut niveau. Son programme est étalé sur trois ans au lieu de deux. C’est une chance d’accéder au haut niveau même en U20. Il n’était pas pensable pour moi d’aller à l’encontre de ce plaisir.

L’avez-vous aidée à mener les deux de front ?
Prune est scolairement indépendante depuis quelques années. Je ne l’aide pas, je lui fais seulement confiance.

Lui donnez-vous des conseils ?
Oui, effectivement. Conseils qu’elle écoute ou qu’elle n’écoute pas.

Comment vivez-vous les matchs de votre fille ?
Jusqu’à cette année, je l’ai suivie partout ou presque. Ma vie est devenue effectivement rugby et ça ne me déplait pas. Cette année, avec l’accession du Stade Toulousain Rugby Féminin en Top8, la suivre est plus compliqué. Lille, Caen, Rennes, Bobigny, … c’est un peu loin !

Que lui dites-vous quand elle a gagné ou perdu un match ? Comment la réconfortez-vous ?
Quand elle gagne, je ne lui dis rien. Je la prends dans mes bras et je lui fais un gros bisou. Quand elle perd, c’est plus compliqué, elle est inconsolable. Mais mes gestes sont les mêmes avec, en plus, une boule à l’estomac parce que je me sens impuissante face à sa déception.

Comment est-elle dans la vie ?
Un petit bonheur ! Elle est pétillante, toujours joviale, réfléchie et un peu chipie, mais c’est comme ça qu’on l’aime.

Et sur un terrain de rugby ?
Sur un terrain, elle est la même, elle ne fait rien au hasard.

Qu’avez-vous ressenti quand Prune a été appelée en équipe de France des U20 ?
J’étais avec elle quand elle a reçu son e-mail de convocation. On s’est sautées dans les bras en plein magasin !

Que diriez-vous à une maman à qui sa fille annonce qu’elle veut faire du rugby ?
Je lui dirais que sa fille va vivre des moments extraordinaires et inoubliables dans cette grande famille rugby.

10802045_10205695121407412_3457389595007221274_nQu’est-ce qui vous rend plus particulièrement fière de votre fille ?
Je suis très fière d’elle parce qu’elle compense son manque de gabarit par une activité et une envie débordantes. Elle s’oblige à beaucoup travailler car elle sait qu’elle doit prouver encore plus qu’une autre. Je suis fière d’elle parce qu’elle ne lâche rien. Elle a besoin de comprendre et d’analyser ses matchs pour pouvoir donner le meilleur la fois suivante.

 

10941834_10206193255740459_4017422946356801862_nUne question oubliée ? C’est à vous !
Je voudrais dire un mot sur les filles de cette équipe du Stade Toulousain Rugby Féminin, sur les coéquipières de Prune. J’en connais certaines depuis au moins 5 ans, d’autres plus récemment. J’ai vu ce groupe grandir. J’ai une grande admiration pour ces filles. Elles ne lâchent jamais rien ! Elles ont la chance d’évoluer sous le blason du STRF mais quand elles étaient Fonsorbes, elles étaient tout aussi remarquables. En rouge et noir, on les aime ou on ne les aime pas, mais si on les a vu évoluer comme moi j’ai pu les voir, on ne peut que leur tirer notre chapeau. Aujourd’hui, le Top 14 me paraît bien fade comparé aux émotions qu’elles me procurent.


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La fille

Prune, vous jouez à l’arrière.
Est-ce que cela a toujours été le cas ? Et qu’aimez-vous particulièrement dans ce poste de numéro 15 ?
En senior, j’ai toujours joué à l’arrière même si mon gabarit ne me prédestinait pas forcément à ce poste. Ce qui me plaît, c’est la liberté, en effet je peux intervenir à tout moment et n’importe où sur le terrain avec souvent de grands espaces à négocier.

Qu’est-ce que cela vous fait de porter les couleurs du Stade Toulousain ?
Porter les couleurs du Stade Toulousain, c’est forcément quelque chose de grand, mais il ne faut pas oublier que ce sont les garçons qui ont une grande histoire, pas nous. Nous avons encore tout à montrer et à construire, nous ne pouvons pas nous reposer sur l’emblème du Stade Toulousain. Après, quel que soit le maillot, notre groupe donnera quand même toujours le maximum.

11146179_10206979346872246_2677996215052145931_nVotre équipe fait un très bon début de saison*. Vous avez bien gravi la marche qui sépare l’élite 2 de l’élite 1, vous l’expliquez comment ?
Je ne sais pas si on a encore franchi la marche qui nous sépare de l’élite 1, on a encore beaucoup à prouver. C’est vrai qu’on fait un bon début de saison, mais ce n’est pas fini, on a beaucoup à apprendre des équipes que nous rencontrons, il ne faut pas se projeter trop vite.

Qu’est-ce qui vous motive dans la vie ? Et sur un terrain ?
Ce qui me motive, c’est de toujours vouloir montrer que je peux y arriver, rien n’arrive par hasard. Et que ça soit dans le sport ou dans la vie en général, il faut mériter ce que l’on a.

J’ai lu que votre héros dans la vie, c’est votre mère… jouer au rugby a t-il renforcé vos liens ou votre complicité ?
Je n’ai pas eu besoin du rugby pour renforcer mes liens avec ma mère, on a toujours été très proches. Mais c’est vrai qu’elle me suit beaucoup rugbystiquement et c’est la première personne que je vais voir à la fin de mes matchs.

21801_10206650987983479_4972640676007249245_nQue ressentez-vous quand vous voyez partir vos copines du STRF jouer avec les U20 alors que votre âge ne vous le permet plus ?
Je me dis que j’aimerais bien repartir avec elles ! Non, je suis contente pour elles, c’est vraiment une belle expérience et je souhaite à tout le monde de la vivre. Porter ce maillot, c’est une fierté, c’est aussi la récompense de quelques sacrifices. Donc, j’espère juste que ça se passera bien pour elles, qu’elles gagneront leurs matchs et qu’elles s’éclateront avec cette équipe. Avoir joué en moins de 20 ans c’est quelque chose que je n’oublierai jamais et j’espère qu’elles en garderont d’aussi beaux souvenirs que moi.

 

*Le STRF, avec 25 points, est actuellement seconde du championnat, derrière Montpellier (28 points) et devant le LMRCV (23 points). A noter que le LMRCV compte un match de moins.

Photos : FB Prune & Béa

 

About Sophie Surrullo

Fille et petite-fille de rugbymen, j'ai été élevée au bord des terrains et à la passion de la balle ovale. Je suis l'auteure du livre "Entre les lignes, le rugby pro est-il en train de perdre son âme ?" (Editions du Rocher, 2013) & co-auteure de "France-Angleterre, une guerre ovale de 100 ans" (Glénat, 2014). Si j'apprécie tous les rugbys, j'avoue avoir un petit faible pour le rugby féminin.

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